08 avril 2005

A l’occasion du nouveau Schéma directeur d’Ile-de-France, des architectes, des urbanistes et des acteurs et observateurs de l'aménagement de l'Ile-de-France appellent à une nouvelle dynamique urbaine : le pari métropolitain.

"Le succès de l’exposition sur le réaménagement du quartier des Halles et la vivacité du débat à cette occasion l’ont montré : les Parisiens s’interrogent sur la forme de leur avenir. Les habitants de Paris ne sont pas les seuls concernés. De nombreux « banlieusards »,
« Franciliens », « provinciaux » ou « étrangers » sont venus voir et discuter les projets présentés pour le ventre de Paris intra-muros. Mais, vu de New York ou de Tokyo, Paris ne se limite pas à l’enceinte du boulevard périphérique. Sa candidature pour l’accueil des jeux Olympiques en 2012 renforce cette vision d’un Paris vivant à la dimension de l’agglomération parisienne. Car, comme on l’a constaté, à Barcelone ou à Athènes, l’horizon d’un tel événement est un accélérateur des mutations urbaines. Reste à les concevoir dans le cadre d’un développement solidaire de l’agglomération centrale.

C’est l’heure des choix métropolitains.



L’anomalie parisienne


Comment définir, au sens géographique, social et économique, cette métropole ? En pratique, c’est le territoire desservi par les quatre premières zones de la carte orange, 200 communes, dont 80 constituent le cœur dynamique. S’y concentrent 5 millions d’habitants (47% de la population francilienne, mais 4% de l’espace régional), 90% des déplacements régionaux, 60% des emplois, près de 30% du PIB français. Paris, ainsi défini, se place au troisième rang des agglomérations mondiales pour la création de richesses, dépassant même Londres sur ce point.
Depuis la réforme gaullienne de 1964, qui réorganisait la région parisienne par la disparition du département de la Seine et la création des 8 départements actuels de l’Ile-de-France, une question s’est progressivement imposée : comment, dans cette métropole, faire que les périmètres administrés ne masquent pas la réalité des territoires vécus ? Comparée à l’organisation des vieilles métropoles européennes ou des mégalopoles internationales, nous héritons d’une exception française, d’une anomalie parisienne : 1 Région, 7 départements et Paris, à la fois ville et département, 1 300 communes dont 11 seulement, en ne comptant pas les arrondissements parisiens, de plus de 75 000 habitants. La représentation du territoire régional et métropolitain est aujourd’hui mise en scène par les différentes échelles de ces découpes institutionnelles. Paris n’élit son maire que depuis 27 ans. Le fait régional n’est guère plus vieux, Région parisienne en 1964 puis Ile-de-France en 1976. Il y a huit ans seulement que son conseil est choisi au suffrage universel. Les départements actuels héritent dans leur organisation des statuts initiés par la Révolution française.



Vers une évolution des points de vue

Mais le destin de Paris métropole ne peut plus se poser dans les mêmes termes que ceux imaginés aux temps de la première révolution industrielle. Il ne s’agit pas de répéter l’annexion du préfet Haussmann ni de laisser jouer le marché en espérant le même résultat. Les exigences de la démocratie, l’histoire et l’identité de chaque commune imposent d’autres moyens.
En trente ans, Paris, première destination touristique du monde, a connu une profonde transformation et court le risque de se muséifier. Dans le même temps, les territoires de première couronne de la banlieue ont eux aussi évolué. Après la Défense, et différemment, une nouvelle génération de projets territoriaux : la Plaine de France, Seine Amont, la Boucle Nord, Boulogne-Billancourt ou le Val de Bièvre émergent comme laboratoires de nouvelles échelles et de nouvelles formes de négociation urbaine. Et pourtant le vocabulaire politique ne semble exprimer que la correction de situations anciennes. Faudrait-il s’en remettre à ceux qui parlent déjà du Grand Paris ?
Depuis peu, on assiste à une évolution des points de vue. De nombreuses communes et deux départements ont signé avec la municipalité de la capitale des accords de coopération ; des approches communes pour les bois de Vincennes et de Boulogne ainsi que pour les canaux sont adoptées par les villes qui en sont riveraines. La Seine devient l’enjeu d’un projet d’une ligne de bateaux-bus de Joinville à Suresnes. Il faut cependant aller plus loin et plus vite.



Les enjeux actuels

La question métropolitaine est, aujourd’hui, dans l’agglomération parisienne une question politique centrale. Ce que vivent les 5 millions de personnes qui sont, ainsi, chez elles à Paris parce qu’elles habitent et travaillent au cœur de la métropole reste marqué par de profondes inégalités : la desserte par les transports en commun, la densité et la localisation des équipements et services publics, l’accès à l’éducation et à la formation, la qualité de l’habitat et du cadre de vie.
L’insuffisance et les dysfonctionnements des transports ne sont pas plus acceptables que les disparités fiscales entre Paris et la banlieue qui n’est plus le territoire servant d’un centre qui fut servi. Cette situation est datée, les évolutions en cours la mettent en cause mais il reste que la capitale et l’agglomération ne peuvent aller bien qu’ensemble, sans cela Paris, à l’échelle européenne et mondiale, serait un village, celui rêvé d’Amélie Poulain.
Si les autoroutes, les trains rapides, les ports et aéroports restent encore aujourd’hui dans la sphère étatique, l’infrastructure des routes départementales et municipales, des trains régionaux, des canaux, des parcs et des bois, des grands équipements peuvent devenir le support du réseau public qui est une des conditions de l’unité métropolitaine.
Sa mise en forme suppose évidemment une valeur d’œuvre qui s’impose aux projets. Ce que les ingénieurs territoriaux du département de la Seine à la suite de ceux d’Haussmann avaient culturellement en commun doit être revisité, réinterprété à la lumière des enjeux actuels. Ainsi, les raisons du doute politique, de l’abstention électorale, du repli identitaire seront dans la pratique battus en brèche par une expression commune de notre appartenance à un même territoire.



Le pari du siècle

A l’heure où le Schéma directeur de la Région Ile-de-France est à nouveau en élaboration, c’est en renforcer le sens et l’utilité que d’inviter tous les citoyens à s’exprimer sur ces questions qui, au premier chef, les concernent. L’idée d’une conférence métropolitaine est avancée. Nous la soutenons, mais elle n’est, dans notre esprit, que la préfiguration d’un Atelier de la métropole parisienne, espace de documentation, de débats et de confrontations, où pourront se construire et s’affirmer la connaissance et la conscience d’un destin partagé : et puisqu’il est question aux Halles d’un équipement métropolitain, voilà un programme qui aurait pour lui l’évidence et témoignerait en ce lieu du pari que nous faisons. "

4 mars 2005


Les premiers signataires :
Barré François, Burgel Guy, géographe ; Carmona Michel, universitaire ; Chémétov Paul, grand prix d’architecture ; Fortier Bruno, grand prix de l’urbanisme ; Fourniau Anne, géographe urbaniste ; Girard Edith, architecte ; Girard Olivier, architecte ; Godard Francis, universitaire ; Laisney François, urbaniste ; Lévy Albert, architecte et chercheur au CNRS ; Lion Yves, architecte ; Laffoucrière Yves ; Lortie André, architecte ; Maspero François, écrivain ; Mimram Marc, architecte et ingénieur ; Moynot Jean-Louis ; Offner Jean-Marc, directeur du LATTS ; Orfeuil Jean-Pierre, directeur du CRETEIL ; Ousset Bertrand, président de l’Institut français d’urbanisme ; Panerai Philippe, grand prix de l’urbanisme ; Passion Luc ; Paurd Bernard, architecte ; Peylet Roland ; Rafatdjou Makan, architecte urbaniste ; Robert Jean-Paul, architecte ; Ronai Simon, géographe ; Seban Michel, architecte ; Zoughebi Henriette, présidente du CRT…


Diffusion : Rodrigo Uribe
















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ANNEXES (texte par catégories)

.- Introduction
.- L'anomalie parisienne
.- Vers une évolution des points de vue
.- Les enjeux actuels
.- Le pari du siècle



Appel à une nouvelle dynamique urbaine : le pari métropolitain.



Introduction

"Le succès de l’exposition sur le réaménagement du quartier des Halles et la vivacité du débat à cette occasion l’ont montré : les Parisiens s’interrogent sur la forme de leur avenir. Les habitants de Paris ne sont pas les seuls concernés. De nombreux « banlieusards », « Franci-liens »,
« provinciaux » ou « étrangers » sont venus voir et discuter les projets présentés pour le ventre de Paris intra-muros. Mais, vu de New York ou de Tokyo, Paris ne se limite pas à l’enceinte du boulevard périphérique. Sa candidature pour l’accueil des jeux Olympiques en 2012 renforce cette vision d’un Paris vivant à la dimension de l’agglomération parisienne. Car, comme on l’a constaté, à Barcelone ou à Athènes, l’horizon d’un tel événement est un accélérateur des mutations urbaines. Reste à les concevoir dans le cadre d’un développement solidaire de l’agglomération centrale.

C’est l’heure des choix métropolitains.









L'anomalie parisienne

Comment définir, au sens géographique, social et économique, cette métropole ? En pratique, c’est le territoire desservi par les quatre premières zones de la carte orange, 200 communes, dont 80 constituent le cœur dynamique. S’y concentrent 5 millions d’habitants (47% de la population francilienne, mais 4% de l’espace régional), 90% des déplacements régionaux, 60% des emplois, près de 30% du PIB français. Paris, ainsi défini, se place au troisième rang des agglomérations mondiales pour la création de richesses, dépassant même Londres sur ce point.
Depuis la réforme gaullienne de 1964, qui réorganisait la région parisienne par la disparition du département de la Seine et la création des 8 départements actuels de l’Ile-de-France, une question s’est progressivement imposée : comment, dans cette métropole, faire que les périmètres administrés ne masquent pas la réalité des territoires vécus ? Comparée à l’organisation des vieilles métropoles européennes ou des mégalopoles internationales, nous héritons d’une exception française, d’une anomalie parisienne : 1 Région, 7 départements et Paris, à la fois ville et département, 1 300 communes dont 11 seulement, en ne comptant pas les arrondissements parisiens, de plus de 75 000 habitants. La représentation du territoire régional et métropolitain est aujourd’hui mise en scène par les différentes échelles de ces découpes institutionnelles. Paris n’élit son maire que depuis 27 ans. Le fait régional n’est guère plus vieux, Région parisienne en 1964 puis Ile-de-France en 1976. Il y a huit ans seulement que son conseil est choisi au suffrage universel. Les départements actuels héritent dans leur organisation des statuts initiés par la Révolution française.



Vers une évolution des points de vue

Mais le destin de Paris métropole ne peut plus se poser dans les mêmes termes que ceux imaginés aux temps de la première révolution industrielle. Il ne s’agit pas de répéter l’annexion du préfet Haussmann ni de laisser jouer le marché en espérant le même résultat. Les exigences de la démocratie, l’histoire et l’identité de chaque commune imposent d’autres moyens.
En trente ans, Paris, première destination touristique du monde, a connu une profonde transformation et court le risque de se muséifier. Dans le même temps, les territoires de première couronne de la banlieue ont eux aussi évolué. Après la Défense, et différemment, une nouvelle génération de projets territoriaux : la Plaine de France, Seine Amont, la Boucle Nord, Boulogne-Billancourt ou le Val de Bièvre émergent comme laboratoires de nouvelles échelles et de nouvelles formes de négociation urbaine. Et pourtant le vocabulaire politique ne semble exprimer que la correction de situations anciennes. Faudrait-il s’en remettre à ceux qui parlent déjà du Grand Paris ?
Depuis peu, on assiste à une évolution des points de vue. De nombreuses communes et deux départements ont signé avec la municipalité de la capitale des accords de coopération ; des approches communes pour les bois de Vincennes et de Boulogne ainsi que pour les canaux sont adoptées par les villes qui en sont riveraines. La Seine devient l’enjeu d’un projet d’une ligne de bateaux-bus de Joinville à Suresnes. Il faut cependant aller plus loin et plus vite.



Les enjeux actuels

La question métropolitaine est, aujourd’hui, dans l’agglomération parisienne une question politique centrale. Ce que vivent les 5 millions de personnes qui sont, ainsi, chez elles à Paris parce qu’elles habitent et travaillent au cœur de la métropole reste marqué par de profondes inégalités : la desserte par les transports en commun, la densité et la localisation des équipements et services publics, l’accès à l’éducation et à la formation, la qualité de l’habitat et du cadre de vie.
L’insuffisance et les dysfonctionnements des transports ne sont pas plus acceptables que les disparités fiscales entre Paris et la banlieue qui n’est plus le territoire servant d’un centre qui fut servi. Cette situation est datée, les évolutions en cours la mettent en cause mais il reste que la capitale et l’agglomération ne peuvent aller bien qu’ensemble, sans cela Paris, à l’échelle européenne et mondiale, serait un village, celui rêvé d’Amélie Poulain.
Si les autoroutes, les trains rapides, les ports et aéroports restent encore aujourd’hui dans la sphère étatique, l’infrastructure des routes départementales et municipales, des trains régionaux, des canaux, des parcs et des bois, des grands équipements peuvent devenir le support du réseau public qui est une des conditions de l’unité métropolitaine.
Sa mise en forme suppose évidemment une valeur d’œuvre qui s’impose aux projets. Ce que les ingénieurs territoriaux du département de la Seine à la suite de ceux d’Haussmann avaient culturellement en commun doit être revisité, réinterprété à la lumière des enjeux actuels. Ainsi, les raisons du doute politique, de l’abstention électorale, du repli identitaire seront dans la pratique battus en brèche par une expression commune de notre appartenance à un même territoire.



Le pari du siècle

A l’heure où le Schéma directeur de la Région Ile-de-France est à nouveau en élaboration, c’est en renforcer le sens et l’utilité que d’inviter tous les citoyens à s’exprimer sur ces questions qui, au premier chef, les concernent. L’idée d’une conférence métropolitaine est avancée. Nous la soutenons, mais elle n’est, dans notre esprit, que la préfiguration d’un Atelier de la métropole parisienne, espace de documentation, de débats et de confrontations, où pourront se construire et s’affirmer la connaissance et la conscience d’un destin partagé : et puisqu’il est question aux Halles d’un équipement métropolitain, voilà un programme qui aurait pour lui l’évidence et témoignerait en ce lieu du pari que nous faisons. "


4 mars 2005


















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